Des idées nouvelles pour la géologie du Massif des Maures

  La rubrique géologie de l'APG ne se limite pas à la géologie de la Presqu'île mais aussi à des idées nouvelles sur la géologie du Massif des Maures qui sont actuellement en cours d'étude. Cliquer ici pour accèder au bulletin N° 20 de l'association.

  Une histoire géologique variée que racontent pierres et paysages

  Hyères, Giens et les îles correspondent à un bâti géologique varié dont on peut lire l'histoire à travers les pierres et les paysages, de 500 millions d'années à nos jours. Sur les trois chaînes qui se sont formées lors de l'affrontement de plaques continentales en Europe, les deux dernières sont présentes dans la commune : la chaîne hercynienne (320-300 Ma) et la chaîne alpine (70-30 Ma).

Carte géologique schématique de la Presqu'île de Giens

  Il y a là et dans les environs un merveilleux musée naturel qui peut être expliqué aux écoliers et aux lycéens et intéresser certains visiteurs. Cette variété des terrains entraîne une grande diversité des sols et donc de la végétation naturelle et des cultures.

  Hyères se situe à la limite de la Provence cristalline et de la Provence calcaire (et argileuse). La première, d'âge primaire, est constituée de sédiments formés entre 500 et 350 Ma, ensuite enfouis, métamorphisés et fortement déformés vers 320 Ma lors de l'élaboration de la chaîne hercynienne. Elle constitue tout le Massif des Maures dont la terminaison ouest se situe justement dans la commune, au Château de Hyères, au Fenouillet et dans les Maurettes. On retrouve ses schistes et ses quartzites à Giens et dans l'ensemble des îles. Les quartzites du Fenouillet et ceux identiques du Cap des Mèdes à Porquerolles constituent de vives arêtes dans le paysage. Les seuls fossiles primaires des Maures (430 Ma) ont été trouvés au Fenouillet. A Giens les plis complexes dus aux déformations hercyniennes, repliés plusieurs fois, sont spectaculaires pour ceux qui savent les voir… ou se les faire montrer.


                             
                                  pli décimétrique hercynien (port du Niel)
  En fait ces terrains anciens se prolongent à l'Ouest sous la Provence calcaire, plongeant progressivement jusqu'à 6-8 km sous le Rhône et la Camargue, réapparaissant ensuite dans le Massif Central, remontés par une succession de failles.

  Le deuxième ensemble, fin primaire et secondaire, à l'Ouest de la commune surtout, comporte une couverture sédimentaire d'abord de grès et argiles continentaux provenant de l'érosion de la chaîne hercynienne, entre 290 et 210 Ma (Permo-Trias) et dont les affleurements rouges, propices aux vignobles, affleurent bien de l'Almanarre à Carqueiranne, comme dans toute la dépression qui s'étire de Toulon au Luc. Pendant le reste du Secondaire (Jurassique et Crétacé), la mer alpine occupe la région d'où des dépôts calcaires marins et récifaux comme au Coudon et au Faron près de Toulon. A la fin du secondaire, vers 70 Ma, commencent les grandes déformations de la chaîne alpine qui ont laissé des traces au Mont des Oiseaux et au Paradis où les calcaires ont été déplacés en nappes venant manifestement d'ailleurs.

  Au Tertiaire puis au Quaternaire la chaîne alpine à son tour est vouée à la destruction érosive. Les Maures voient s'écarter l'axe Corse-Sardaigne et se creuser une mer profonde dans l'intervalle, les fonds marins face à Giens descendant vite à -2500 m.

    La photo ci-dessous est prise au sud des Pesquiers Ce panorama illustre bien la diversité géologique.


               
  On y voit de gauche à droite :
La Colle Noire (Permien), le Faron (Crétacé inférieur), le Mont Caumes (Crétacé supérieur), Carqueiranne (basaltes permiens), la Carrière de Tirris, le Coudon (Crétacé inférieur), le Paradis (nappe alpine de Jurassique), la Sabatière (Permien). Au premier plan de situe la limite entre le métamorphique de Giens et le Quaternaire de l'étang des Pesquiers, non visible sous la route.

  L'histoire récente est elle surtout marquée par les fluctuations du niveau marin et du climat, (voir paragraphe suivant).

  Un double tombolo lié aux péripéties du Quaternaire

  La Presqu'île de Giens, au Sud de Hyères, est constituée de collines rocheuses primaires (Giens est à 50 m, Escampobariou, le sommet, à 116 m). Avancées de 5 km en mer, ces collines sont entourées par la mer de tous côtés. La partie sud est plus escarpée, et le chemin littoral, qui en fait le tour complet, dévoile, surtout au SW encore très sauvage, des paysages magnifiques de pins, de mer et de soleil.

   Cette pseudo-île est reliée au continent par un isthme de 4 km dont l'originalité est d'être double deux bandes de sables dunaires ou tombolos :

  • Le plus large, à l'Est (400 m), est relativement urbanisé (La Capte, La Bergerie, le Pousset) sous une pinède assez dégradée sauf près de l'Hippodrome. Cette ancienne dune littorale se poursuit en fait par l'Ayguade et les Vieux Salins jusqu'à Miramar, le port de La Londe.
  • L'occidental, très étroit (25 à 50 m) et fragile, est utilisé depuis 1969 par le passage d'une route et d'une conduite d'eau qui ont beaucoup contribué à sa dégradation. Mais des efforts de la Municipalité et du Conservatoire du Littoral tendent à restituer à cet étroit tombolo une partie de son caractère sauvage et de sa flore rare de dunes côtières.

Il y a 18 000 ans, avec le niveau marin à -125 m, la côté était à 3 km au Sud des îles qui étaient alors de simples collines. On pouvait aller à pied de Hyères au Levant !
A -15 000 ans (trait rouge) la mer, remontée à -50 m, commençait à passer entre Porquerolles et l'île unique de Bagaud - Port-Cros - Le Levant. Les rivières, comme le Gapeau, le Pansard et le Maravenne, devaient obligatoirement atteindre la mer et d'ailleurs le tracé de leur lit a été partiellement reconnu en géophysique.

  Entre les deux tombolos s'étend une zone humide saumâtre qui retient les eaux douces de la pluie et des cours d'eau qui s'équilibrent avec l'eau salée de la mer. Deux de ces marais (950 ha) ont été exploités pour le sel, l'un depuis l'époque romaine (Les Vieux Salins), l'autre depuis 1850 et pour cela alimentés en eau de mer de pompage.
Les installations de la Compagnie des Salins du Midi sont maintenant arrêtées et les biotopes naturels ont tendance à se reconstituer.

  Les zones humides littorales sont fondamentales pour la conservation de la biodiversité. Elles sont en forte régression dans le monde et il est vital et impératif de protéger, comme le demande l'Union Européenne, ce qui reste de ce type de milieu. Notamment en faveur des oiseaux migrateurs pour qui la presqu'île de Giens est un véritable débarcadère/embarcadère en mer.(Compléments dans patrimoine-environnement)

  Ainsi les collines autour de Hyères (le Fenouillet, les Maurettes, les Borrels, le Mont des Oiseaux, Costebelle) constituent un bassin versant local dont les eaux venaient naturellement alimenter les lagunes en arrière de ces dunes littorales, en plus des " fleuves " côtiers, le Gapeau, le Pansard et le Maravenne à l'Est. Le principal de ces modestes ruisseaux, malheureusement trop canalisé pour les tortues Cistudes d'Europe qu'on y trouve encore, est le Roubaud, qui traverse Hyères, le Parc Olbius Riquier, pour aboutir à l'Ayguade.

  Sans preuves sérieuses, on explique généralement l'origine du double tombolo comme due au rattachement de l'île de Giens au continent par des flèches de sable alimentées par les sédiments des rivières.

  Une autre explication se fonde sur le fait suivant :

   Il y a 18 000 ans le niveau de la mer, du fait de la dernière époque glaciaire, était à la cote -125 m. De ce fait les îles actuelles étaient des collines où les hommes préhistoriques (dont les peintres de la grotte Cosquer de Cassis) pouvaient aller à pied. Les plages et les criques rocheuses étaient au Sud des îles actuelles.

    Avec la montée des eaux, les îles se sont progressivement formées, la dernière à venir étant Porquerolles. A mesure le sable des plages, drossé par la mer, et les embouchures des rivières, a reculé vers le continent.

    Ainsi, vers la fin du Quaternaire, Giens est plutôt en train de devenir une île, les plages en reculant venant presque se rejoindre derrière "l'île".