Dans
le " disque d'or " hyérois, d'un rayon de 40 km autour de la cité des
palmiers, poussent trois espèces de pins méditerranéens.
Le pin d'Alep dont le nom, de façon curieusement
restrictive, se réfère à une ville de Syrie (où sa présence n'est même
pas certaine), est en fait circum-méditéranéen. Indifférent à la nature
chimique du terrain, il est le plus répandu du trio. On le reconnaît
aisément à son tronc le plus souvent tortueux, grisâtre (d'où le sobriquet
de pin blanc), à ses aiguilles courtes et à ses petites " pommes " pointues.
Le
pin maritime, ou mésogéen, ne croît que sur des terrains acides.
Il possède un tronc droit, brun-rouge, des aiguilles longues et de grandes
" pommes ", également pointues Il a fortement régressé, à la suite d'attaques
parasitaires catastrophiques, mais il revient progressivement par places
dans les maures vers Brégançon par exemple.
Le pin pignon est le plus majestueux du genre tout entier,
avec son tronc droit, gris-beige, sa cime étalée en parasol, ses aiguilles
longues et ses grosses " pommes " dodues, farcies de pignons comestibles.
Propagé par les Romains, on l'admire dans la plaine des Maures à laquelle
il confère un cachet exotique de savane, mais aussi dans la Presqu'île
de Giens, vers l'hippodrome en particulier. Ce n'est qu'au nord du Var,
vers La Martre notamment, que l'on rencontre une quatrième espèce, non
méditerranéenne celle-la : le pin sylvestre. Quant aux divers pins de
montagne, ils ne commencent à apparaître que dans les Alpes de Hautes
Provence.Parmi les arbres, les résineux ont eu leur apogée au Jurassique,
c'est-à-dire au milieu de l'ère secondaire. Ensuite les feuillus, supérieurement
adaptés, les ont supplantés. Les premiers, nettement plus archaïques,
ne survivent que dans les stations où, localement ou temporairement,
les conditions de vie sont trop médiocres pour satisfaire les exigences
des feuillus. C'est le cas dans toutes les zones froides, soit aux latitudes
septentrionales, soit à haute altitude, mais aussi lors des stades intermédiaires
de séries dynamiques progressives, quand la végétation part à la reconquête
de biotopes dégradés, surtout à la suite d'incendies.
Aussi les pinèdes méditerranéennes
n'ont-elles pas la personnalité de forêts parachevées, ni de cortèges
floristiques qui leur soient propres. Tout au plus se signalent-elles
par des champignons inféodés aux résineux, le lactaire délicieux, ou
safrané et le lactaire sanguin, si prisés, l'un et l'autre des provençaux.
Sous les pins méditerranéens, la végétation est tout simplement celle
de garrigues ou de maquis, formations typiques qui font l'objet d'autres
articles dans notre rubrique Promenades…
C'est sur le pin
d'Alep lui-même que notre attention va se concentrer.
Comme tous ses cousins, il offre une particularité méconnue, bien qu'évidente
à l'examen : la présence de deux sortes de tiges et de deux sortes de
feuilles, foncièrement différentes. Chaque unité annuelle de rameau
long est couverte de nombreuses petites feuilles en écailles. A l'aisselle
de ces écailles naissent des rameaux très courts dont chacun porte deux
longues feuilles en aiguilles. Les inflorescences mâles ont une vie
brève et libèrent le pollen en " pluie de soufre ", allergènes pour
les personnes sensibles. Les fleurs femelles, dont chacune se réduit
à une écaille ligneuse et deux ovules nus, sont groupées en épis spéciaux,
les " cônes " ou " pommes de pin ", dont le développement lent s'étale
sur trois années.
Les graines ailées sont dispersées par le vent qui
assure ainsi la dissémination, après avoir permis la pollinisation.
Le vent intervient encore dans l'histoire du pin d'Alep en attisant
les incendies. Très combustible du fait de sa résine, le pin est détruit
sans appel. Il ne rejette pas de souche comme le chêne vert, ne reverdit
pas de la cime comme le chêne-liège que son écorce protège.Mais l'espèce
est indirectement favorisée, en raison d'une croissance rapide et très
étalée, à partir des milliers de graines projetées quand l'onde de chaleur
fait éclater les cônes, comme des grenades. En outre, sa rusticité lui
confère un avantage certain car il accepte les terrains squelettiques
d'où l'humus a été entraîné par ravinement après le passage du feu.
C'est donc un arbre globalement anémophile (mot à mot : ami du vent).
Le
pin d'Alep nous donne l'opportunité d'évoquer la plasticité des formes
d'un végétal, dans des contextes différents. Sa forme juvénile est en
" sapin de noël ". S'il grandit en terrain découvert, la forme solitaire
est caractérisée par la persistance des branches basses et une grande
expansion en tous sens. Les vieux individus, plus que centenaires, prennent
cependant une forme en parachute qui évoque plus ou moins le port majestueux
du pin parasol; les branches basses ont fini par disparaître sous l'ombre
portée du houppier. Dans la forme forestière typique, les branches basses
sont mortes, le tronc est flexueux et le houppier, clairsemé, est éclaté
sur plusieurs niveaux. Dans la forme forestière en semi dense, les individus
manquent d'espace, de lumière et de nourriture. Ils s'étiolent dans
une sorte de fuite vers le haut, leur tronc long et fin fait office
de bras levier, leurs racines maigrichonnes les ancrent mal ; tout se
conjugue pour les rendre vulnérables aux bourrasques. Enfin, la forme
littorale est déversée, parfois entièrement couchée. On invoque alors,
non la poussée mécanique du vent, mais la brûlure chimique des bourgeons
exposés aux embruns, ce qui se traduit par un développement orienté
à l'opposé de la ligne de rivage.