4 - LES ZONES HUMIDES

   Pourquoi preserver les zones humides : rappel des fonctions et services rendus par ces milieux fragiles.
 
Leurs différentes fonctions
 Un équilibre fragile
 Les mesures de protection
 Zones humides de Hyères : généralités
 Le marais des Estagnets
 Le marais Redon
 Les Salins d'Hyères

 Les zones du Palyvestre, de l'Aygade, de Macany
 La mare du Pousset

 4.1. FONCTIONS DES ZONES HUMIDES

   L'UNESCO propose de définir les zones humides comme " tout espace de transition entre les systèmes terrestres et aquatiques où la nappe phréatique est proche de la surface du sol, ou dans laquelle cette surface est recouverte d'eau peu profonde de façon permanente ou temporaire ". Ce terme désigne en fait des milieux très variés (marais, marécages, tourbières, ruisseaux, rivières, lacs, mares, prairies humides, estuaires, vasières et même certaines étendues d'eau peu profondes) qui constituent environ 2% du territoire français.

   Longtemps considérées comme stériles, répulsives, malsaines, dangereuses et systématiquement détruites, les aires humides sont désormais perçues comme des écosystèmes à protéger et non plus des marais à assécher. Malgré cette nouvelle tendance, leur équilibre demeure très fragile. Dans le cadre de ce dossier spécial consacré aux zones humides, il semble intéressant de rappeler les valeurs patrimoniales et fonctionnelles de ces écosystèmes parmi les plus productifs du monde.

                4.11. Régulation des régimes hydrologiques :
   Les zones humides retardent le ruissellement des eaux de pluie et le transfert immédiat des eaux superficielles vers l'aval du bassin versant. Elles constituent souvent des zones d'expansion de crues pour les rivières. De plus, telles des " éponges ", elles absorbent momentanément l'excès d'eau, puis le restituent progressivement lors des périodes de sécheresse. Elles diminuent donc l'intensité des crues tout en soutenant au contraire le débit des cours d'eau en période d'étiage.

                 4.12. Auto-épuration :
   Les zones humides contribuent au maintien et à l'amélioration de la qualité de l'eau en agissant comme filtre épurateur. En effet, elles favorisent les dépôts de sédiments et sont le siège de dégradations biochimiques (notamment grâce aux bactéries), de désinfection (grâce aux ultraviolets), d'absorption, de stockage et de dégradation par les végétaux des éléments nutritifs issus du bassin versant (nitrates, phosphates). Le " lagunage " est conçu pour utiliser ces caractéristiques naturelles d'épuration de l'eau.

                 4.13. Réservoir biologique :
   De nombreuses espèces végétales et animales, et pas seulement les moustiques, vivent de façon permanente ou transitoire dans les zones humides. Ces dernières assurent ainsi des fonctions d'alimentation, de reproduction, mais aussi de refuge. La Presqu'île de Giens est ainsi par exemple une étape importante pour de nombreux oiseaux migrateurs. Les parties inondables et les milieux annexes des rivières sont également très favorables pour le frai de poissons. Les zones humides se caractérisent par une productivité biologique nettement plus élevée que les autres milieux.

                 4.14. Un patrimoine rare et précieux :
   En France, 30% des espèces végétales remarquables et menacées vivent dans les zones humides ; environ 50% des espèces d'oiseaux dépendent de ces zones et les 2/3 des poissons s'y reproduisent ou s'y développent (sources : notes techniques SDAGE, n°5, octobre 2000).

                 415. Production de ressources naturelles :
   L'économie de certaines régions peut dépendre fortement de zones humides par leur utilisation en agriculture (pâturage, riziculture, exploitation des roseaux et de la tourbe…), pour la pêche extensive, l'exploitation du sel et l'aquaculture.

                  4.16. Espaces de loisirs et paysages de qualité :
   Ces milieux sont le support de nombreuses activités touristiques et ludiques représentant un enjeu économique important : loisirs liés à l'eau, tourisme vert, chasse, pêche, observation de la nature, animation et sensibilisation à la protection des milieux naturels.

   Les zones humides constituent ainsi un volet important de notre patrimoine culturel et paysager.

   4.2 UN EQUILIBRE FRAGILE

   Malgré la prise de conscience de l'intérêt écologique et fonctionnel des zones humides françaises, leur superficie a diminué de moitié au cours des 30 dernières années. L'équilibre fragile de ces écosystèmes est encore trop souvent mis à rude épreuve par les pressions humaines de toutes sortes. Le schéma ci-dessous met en valeur l'interdépendance étroite qui existe entre les zones humides et leur " espace de fonctionnalité " (c'est-à-dire leur bassin versant). De nombreux facteurs de nature hydrologique, géologique, météorologique, faunistique, floristique et anthropique interviennent et interagissent de façon complexe entre zones humides et bassin versant. La conservation de ces zones humides découle donc directement de la préservation qualitative de leurs liens avec le bassin versant.

                 La zone humide et son espace de fonctionnalité               Source : Note technique SDAGE Rhône-Méditerranée-Corse N° 5 octobre 2000  
                                  Agence de l'Eau RMC et DIREN Rhône-Alpes 

       4.3. MESURES DE PROTECTION

          - Au niveau international, la convention de Ramsar du 2 février 1971 est relative aux zones humides d'importance internationale, notamment pour l'habitat des oiseaux d'eau. Plus de 100 zones humides couvrant environ 600 000 hectares, dites " sites Ramsar ", ont été désignées par 14 pays du pourtour méditerranéen. Après avoir ratifié la convention le 1er octobre 1986, la France a désigné 18 sites (dont la Camargue, la Petite Camargue, le lac Léman…) pour lesquels elle s'engage à établir une politique de conservation efficace.

            - Au niveau national, le plan gouvernemental d'action pour les zones humides de 1995 a débouché sur la création d'un " Observatoire national des zones humides ". Chargé de collecter, traiter, valider, synthétiser et diffuser les données relatives aux milieux humides, cet organisme anime en outre un réseau de correspondants à l'échelle régionale et locale (DIREN, Agences de l'Eau, associations, institutions gérant les zones humides…). Cette politique nationale menée en faveur des zones humides a notamment permis la création de ZPS (Zones de Protection Spéciale) pour la directive européenne " Oiseaux ", de ZSC (Zones Spéciales de Conservation) pour la directive européenne " Habitat ", de ZICO (Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux) et de ZNIEFF (Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique).

   La Presqu'île de Giens qui est célèbre pour son double tombolo de sable, dispose également d'une étendue d'eau saumâtre particulièrement importante pour la conservation de la biodiversité régionale : ses marais peuvent accueillir jusqu'à 200 espèces d'oiseaux différents ! Mais l'équilibre de cet écosystème reste fragile sous la menace permanente de la pression de l'homme. L'urbanisation galopante et le développement des activités touristiques ont perturbé les relations d'interdépendance qu'il entretenait avec son bassin versant originel (les collines autour de Hyères). La prise de conscience récente et trop tardive de la valeur et des fonctions de cette zone humide d'importance nationale (convention de Ramsar, réseau Natura 2000, classement imminent de la Presqu'île, suivi peut-être par le label "Grand Site" laisse pourtant présager un avenir plus serein. Le rachat cette année par le Conservatoire du Littoral de 950 ha des Salins va aussi dans le bon sens.

       4.4- LES ZONES HUMIDES HYEROISES : ETAT DES SITES

      Grâce à des conditions biogéographiques exceptionnelles (climat méditerranéen, ensoleillement, diversité de roches et de milieux terrestres et maritimes), la commune de Hyères est la plus riche du département du Var et l'une des plus riches de la région PACA pour son patrimoine naturel. De par leur superficie (plus de 1500 ha) et leur intérêt écologique, les zones humides occupent une place prépondérante dans le territoire communal.

   LE MARAIS DES ESTAGNETS

   A l'extrémité sud de la route du sel, cette zone naturelle de 12 ha, propriété du Conservatoire du Littoral et des Rivages Lacustres, présente une biodiversité exceptionnelle. Il s'agit du seul marais d'eau douce peu pollué du secteur, entouré d'une végétation basse riche et diversifiée très caractéristique. La zone palustre, les prairies humides sablo-limoneuses, les pelouses sur sol sableux et les dunes d'arrière-plage qui la composent abritent des espèces végétales rares, mais aussi de nombreux oiseaux, des amphibiens et des reptiles protégés sur l'ensemble du territoire national. Quoique fermé au public, ce site, et surtout les terrains environnants, ont subi de fortes dégradations : fréquentation humaine excessive (véliplanchistes, stationnement et camping sauvage), dépôt sauvage d'ordures, pression de la chasse, déséquilibre hydrique…

   LE MARAIS RODON (ou REDON)   
    Ancienne extrémité nord-est de l'étang des Pesquiers avant son aménagement en salins, cette zone d'eau douce à saumâtre, de roselières et de sansouïres présente un intérêt pédagogique remarquable. Quoique de surface réduite (3 ha) et bordé de toutes parts par des voies de circulation très fréquentées, et gêné par un éclairage de nuit, ce minuscule marais accueille une grande quantité d'oiseaux nicheurs protégés dont les avocettes élégantes. Entamé par les carrefours et les remblaiements, le marais Redon a été remis en eau plus régulièrement avec la gestion du Parc National de Port-Cros.

   

   LES SALINS D'HYERES

   Couvrant une superficie d'environ 950 hectares, les salins des Pesquiers et les Vieux Salins sont la seule zone humide de cette importance située entre la Camargue et l'Italie. L'aménagement de ces marécages en marais salants est connu depuis le Xème siècle pour les Vieux Salins et à partir de 1848 pour l'étang des Pesquiers.
Mais la production de sel assurée par la Compagnie des Salins du Midi a cessé en 1995
.
 

   Ce vaste ensemble possède un assortiment de milieux humides de salinités diverses, qui lui confère une richesse en habitats et en espèces rarement égalée (200 espèces d'oiseaux ont été recensées au total).

                 Les salins des Pesquiers (600 ha)  comportent des bassins de profondeur variable ceinturés par des plages de vases propices aux oiseaux limicoles et à de nombreux insectes. Ils constituent le seul étang saumâtre qui persiste dans ce secteur fortement urbanisé.

                 Les Vieux Salins (350 ha) ont été partiellement exploités dans leur partie ouest. Ils s'étendent en arrière d'un très long cordon littoral (3 km) et constituent la seule formation de ce type à peu près intacte entre la Camargue et l'Italie. Ils comportent des formations végétales de dunes et des sansouïres à Salicornes.

        
                                          
Les Vieux Salins

   Ce double espace qui a constitué un enjeu foncier majeur a fait l'objet de nombreuses menaces (projets d'urbanisation, braconnage, agrandissement de la décharge du Palyvestre, installation de plagistes…).

   Depuis l'arrêt des salins, les négociations pour son acquisition qui opposaient le Conservatoire du Littoral et les Salins du Midi ont abouti en Juin 2001. La gestion du site a d'abord été confiée par la Municipalité au Parc National de Port-Cros qui se charge de l'entretien et de la remise en état des canaux et des pompes avec le soutien de Totalfinaelf. L'intérêt écologique exceptionnel des Salins de Hyères a été reconnu à l'échelle nationale et internationale. La zone a fait l'objet d'inventaires ZNIEFF et ZICO, et compte parmi les sites éligibles au réseau Natura 2000.

 Les anciens salins sont gérés, depuis 2004, par la Communauté d'agglomération Toulon Provence Méditerrané (TPM), par substitution à la Mairie d'Hyères et en partenariat avec le Parc National de Port Cros.

   LES ZONES DU PALYVESTRE,  DE L'AYGADE,  DE MACANY  ET  DU  CEINTURON

   Couvrant une superficie d'environ 600 ha, ces zones se situent entre des espaces agricoles et le littoral, aux abords du Roubaud et du Gapeau. Cet espace exceptionnel présente une zonation caractéristique représentative de ce qui existait par le passé dans l'ensemble de la plaine hyéroise avec :

    - une zone de friches naturelles, régulièrement inondées en hiver et affectées l'été par de fortes remontées salines. Ces conditions entraînent des milieux très variés : marais temporaires ou permanents, prairies inondées d'eau douce ou saumâtre.

    - une zone souvent inondée en hiver mais moins sujette aux remontées salines en été. C'est la zone des marais d'eaux douces et des prairies humides qui a fait la richesse de la plaine agricole de Macany avec ses alternances de cultures, de fossés et de rideaux de cannes de Provence.

    Bien que morcelées, ces prairies n'en sont pas moins intéressantes du fait des nombreuses fonctions qu'elles remplissent, tant sur le plan hydraulique qu'écologique. Le terrain de la Bascule, frênaie située entre le Ceinturon et l'aéroport, constitue une véritable mosaïque d'écosystèmes où l'on relève des espèces végétales rares et menacées, ainsi que la présence de la cistude et d'une sauterelle rare, espèce nouvelle. Le maintien de ces zones humides est dû à la présence des aéroports militaire puis civil qui ont limité la construction du fait des nuisances sonores.

   Les menaces sont pourtant bien réelles depuis ces dernières années : nouveaux projets de développement de l'aéroport civil et de ses accès, croissance anarchique des activités de loisirs et de nautisme dans la zone du Palyvestre, décharge de détritus, puis de matériaux inertes, visible sur 8 ha, comblement d'une vingtaine d'hectares de marais, épandage de boues de station d'épuration sur les zones agricoles…

   LA MARE DU POUSSET

   La mare du Pousset, au cœur d'une roselière, est une petite mare d'eau douce à saumâtre située à la Capte, au sud de la Bergerie et à l'est de la RD 97, à l'angle du chemin menant à la Chambre des Métiers du Var. Ce dernier vestige des marais littoraux comporte un étagement de végétation de la jonchaie à la roselière et est ceinturé par des tamaris. Il abrite des oiseaux d'eau et des espèces de reptiles et d'amphibiens protégés sur l'ensemble du territoire national. Mais son équilibre est fréquemment perturbé par des aménagements en limite de zone (comblement, drainage) et par la pénétration, notamment l'été, de gros véhicules en stationnement.

   Ce micro-site, intéressant également du point de vue pédagogique, mérite une protection et une valorisation plus efficace. En fin 2001 la Municipalité a fini par protéger la zone par des ganivelles, à la suite d'une action de l'APG.

    En conclusion, parce qu'elles appartiennent au patrimoine paysager et culturel et qu'elles sont le lieu d'activités touristiques et socio-économiques (chasse, pêche, salines), les zones humides hyéroises méritent d'être préservées et valorisées.
Les différentes contraintes mises en place pa
r la Loi 1930, par la Loi Littoral 1986, par la Loi Paysage 1993, par les décrets (1982, etc.) de protection des espèces botaniques, par les directives " Oiseaux " et " Habitat " de l'Union Européenne, devraient assurer une gestion durable des zones humides,des espaces naturels hyérois, … si elles étaient respectées.                                                                     Texte des zones humides de Catherine Pighiera