Réflexions sur les nouvelles orientations à long terme de l’A.P.G.
par Jean SOUGY Président de Amis de la Presqu'Île de Giens









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Les efforts accomplis depuis une quinzaine d’années ont d’abord abouti à la nécessité de la création de l’A.P.G. en 1995. L’objectif à long terme, il y a 10 ans, était de mettre en valeur les richesses naturelles de la Presqu’île, pour faire réaliser au public local comme touristique, et plus difficilement aux responsables, qu’il était primordial de mieux connaître ces richesses, de les préserver, mais aussi de les montrer, avec les précautions nécessaires, pour, comme on dit maintenant, les valoriser. Si le Var a tant de succès, c’est certes en grande partie parce qu’il a conservé un caractère plus vert que les départements côtiers qui l’encadrent.
En 2005 notre bilan montre bien que cet objectif a été partiellement atteint et que notre action n’a pas été inutile. Le Conservatoire du Littoral a acquis des kilomètres de côtes, les enrochements de la route du sel ont été enlevés, les dunes du tombolo protégées par des ganivelles, la gestion des salins, acquis par le C.L., a été confiée par la Municipalité de Hyères au Parc de Port-Cros. La L.P.O. (Ligue pour les Oiseaux) s’occupe de l’avenir ornithologique du site. On pourra regretter toutefois que ces organismes officiels et d’autres, s’ils gèrent au mieux ces territoires désormais hors d’atteinte des promoteurs, ne s’intéressent guère, car ce n’est pas leur fonction, aux territoires dont ils n’ont pas la charge.
Par exemple, si les marais des Vieux Salins sont maintenant propriété de l’Etat et gérés par le Parc de Port Cros, protégeant ce paysage littoral, la trouée verte du Gapeau et des vallées de l’Apié, des Borrels et de Sauvebonne risque à terme d’être la proie des investisseurs immobiliers. Une première tentative consiste dans un projet de 42 400m2 de béton, sous prétexte de l’installation d’un golf gazonné à Ste Eulalie. L’expérience montre que les premiers pas sont toujours suivis d’autres et qu’une fois le béton installé il y reste pour toujours. Un autre exemple plus avancé est la colline de Costebelle où les champs à proximité de la Source de la Vierge risquent fort d’être banalisés en une ZAC votée autrefois, alors qu’un Institut de la Nature, entouré d’un parc ou arboretum, pourrait en garder la seule zone verte encore disponible.
Les problèmes de logement sur Toulon, le prix de l’immobilier sur Hyères, conduisent les populations locales à s’éloigner de leur aire de travail vers les vallées intérieures du Var pour se loger. On se retrouve donc ici, comme il y a 15-20 ans dans la Presqu’île, avec des menaces analogues de destruction des richesses naturelles et de défiguration des paysages en pans successifs, si beaux depuis la mer et au-delà des salins protégés.
Me posant la question de l’avenir à moyen et long terme de l’A.P.G., un des rôles de son président, il me semble que nous nous trouvons à une date charnière. Certes nous devons garder un œil vigilant sur notre territoire d’investigation initial, la presqu’île, bien qu’on puisse penser que les organismes officiels sont là pour faire ce que nous réclamions sans être entendus. Nous avons maintenant l’impression presque d’être de trop !!!
C’est pourquoi je pense que notre avenir est tracé dans notre « logo », conçu prémonitoirement par le professeur Pierre Vignes : des cercles concentriques, tels ceux d’un tsunami ou d’une pierre jetée dans l’eau, qui prennent progressivement de la distance avec notre centre d’intérêt initial. Il faut nous tourner maintenant vers de nouveaux problèmes géographiquement plus éloignés.

Entre le Rhône et le Var, autour de Toulon, du fait que mer et montagne se côtoient, il existe de nombreux petits cours d’eau, de dimensions très réduites, par définition des fleuves, tels l’Aren à Bandol, la Reppe à Ollioules, le Las et l’Eygoutier à Toulon, le Grand (!)  Vallat à Carqueiranne, le Roubaud à Hyères, le Pansard et le Maravenne à La Londe. Parmi eux, le Gapeau, dont le delta est pourtant minuscule, se développe au contraire comme un grand oiseau, avec ses deux ailes déployées, l’orientale (Réal Collobrier et Réal Martin) sur les terrains siliceux des Maures hercyniennes et de la plaine viticole permienne, l’occidentale sur les plateaux calcaires du Secondaire jusqu’à la Ste Baume (Mont St Pilon).
Ces deux bras se joignent à Mesclans (= mélange ) où se rencontrent des eaux naturelles différentes, auxquelles s’ajoutent en plus toutes les pollutions récoltées le long du trajet. Le tout aboutit à l’extrémité est de la commune de Hyères, et donc à l’extrémité orientale de T.P.M. (agglomération Toulon-Provence-Méditerranée). Bref un très grand bassin versant, relativement à la taille de ceux qui l’entourent, situé pour l’essentiel en dehors des entités Hyères et T.P.M., mais qui y déverse la totalité de ses eaux.
Certes beaucoup d’organismes, avec les communes concernées et leurs agglomérations, s’occupent de certains problèmes du bassin versant du Gapeau. Certains ont des sigles compris des initiés (CLE, SAGE, CCDVG, SDAGE, etc.), mais n’évoquent rien pour le grand public. Ils oeuvrent tous suivant leurs compétences thématiques et géographiques. Je pense que notre rôle pourrait être, en aval, de faire connaître au grand public et aux responsables de Hyères et de T.P.M. tous ces problèmes et travaux par des essais de synthèse, illustrés de cartographies originales et accompagnés de bibliographies. Loin de faire double emploi avec tous ces travaux, notre projet de synthèse, vue de l’extérieur, me semble pouvoir apporter un plus à ce déploiement d’énergie en le faisant mieux connaître et apprécier du public.
Cette nouvelle orientation envisagée pour une partie des activités de l’A.P.G. arrive au moment où le Lycée agricole de Hyères et surtout l’Université de Toulon modifient certains de leurs programmes, notamment les masters, en leur affectant une facette environnement. Leurs étudiants sont ainsi demandeurs auprès des entreprises et des associations de sujets de stages et de tuteurs, qui peuvent à différents niveaux, se traiter par convention tripartite, entre Université, Tutorat et Etudiant.
Par ailleurs ; en ce moment, des Contrats d’Aide à l’Emploi nous permettent de renforcer notre personnel en candidats compétents dans certains domaines comme l’exploitation des SIG (Systèmes d’Information Géographique) devenus indispensables dans la gestion des territoires et source d’emploi, où nous pouvons aider des jeunes à l’insertion définitive dans le monde du travail.
Voilà donc tout un contexte favorable qui tombe au moment où nous réfléchissons à une nouvelle orientation pour le long terme. Celle-ci pourrait être une :
« Etude d’ensemble sur le bassin versant du Gapeau, à partir des travaux existants »,
dans le but de regrouper et exposer simplement tout ce qui peut exister de travaux réalisés ou en cours, et de les faire connaître au grand public. Ainsi pourront être mieux connues ces grandes richesses du Département du Var et défendues dans l’intérêt de tous.
Une première tentative dans cet esprit a été réalisée avec un stagiaire, Frédéric Rodriguez, en DEUST 2ème année de l’Université d’Aix-Marseille III. Après deux mois et demi de stage de terrain, encadré par les bénévoles de l’Association C.I.C.Gapeau (cliquer), ce stagiaire a rédigé, puis présenté oralement à un jury universitaire, un premier essai de synthèse englobant, simplifiés, tous les aspects du sujet, depuis la géographie, la géologie, la flore et la faune, jusqu’aux problèmes de pollution et de gestion des inondations. Toutes ces données sont présentées systématiquement avec une carte à gauche, le texte et des illustrations à droite, pour faciliter la lecture.
A cette occasion s’est instaurée une étroite collaboration avec cette association CICGapeau, qui, basée sur place à Solliès-Pont, connaît bien les populations, les décideurs et leurs problèmes.
Parmi les premiers sujets de stage envisagés citons :
·        Les anciens systèmes d’irrigation par gravité, description et valorisation pour un sentier touristique
·        La cartographie des sources et leur relation avec la géologie
·        L’évolution de la teneur en différents métaux du Gapeau et de ses affluents, depuis les sources jusqu’à l’embouchure.
Par ailleurs pourra être envisagée la fabrication dans une école primaire, comme cela  a été réalisé 8 années à Giens, d’une maquette représentant le bassin versant et ses voisins. Elle pourra dans les expositions présenter le bassin versant en 3 dimensions.
Prof. Jean Sougy
Giens 2 novembre 2005