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La dernière tortue
terrestre de France (Testudo hermanni) ne vit plus que dans un triangle
réduit dans le centre-Var, entre Hyères, Fréjus et Draguignan, et en
Corse (surtout zone côtière Nord et Ouest). Un recencement récent montre
que son territoire s'est considérablement réduit depuis 18 ans dans
le Var, mais que quelques bonnes populations existent encore dans des
communes dans le pays des Maures (Le Cannet des Maures, Les Mayons,
Vidauban, Collobrières).
Toutefois, l'inquiétude vient de l'urbanisation rapide de ce
département, à l'instar des Alpes-Maritimes et des Bouches du Rhône,
dans lesquels les tortues, présentes au début du XXème siècle, ont disparu
dans les années 1940-1960.
Les activités humaines empiètent sur les territoires de la tortue, et
l'espèce a disparu depuis 1995 des alentours de Toulon et de Fréjus,
ainsi que sur les hauteurs de Bormes-les-Mimosas et des communes côtières.
Les routes, zones industrielles, golfs et villages de vacances, créent
des isolats, à l'intérieur desquels les tortues semblent protégées.
Mais la moindre perturbation touchant ces isolats, ou le moindre incendie,
détruisent ces populations fragmentées, qui ne peuvent par la suite
se reconstituer.
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Les autres causes
de raréfaction des tortues tiennent aux ramassages et collectes sauvages,
encore fréquents en été (alors que l'espèce est totalement protégée
par des lois nationales et internationales), surtout de la part des
touristes, et naturellement les feux importants, comme ceux de 1990
et de 2003, qui ont gravement touché notre région. Ces feux ont un impact
négatif dans l'immédiat, et l'année dernière entre 3000 et 5000 tortues
ont péri entre Vidauban et Fréjus, lors du grand incendie de juillet.
Mais ils ont également un impact positif, en ouvrant les milieux et
en procurant aux tortues une riche repousse végétative. Nous avons constaté,
au printemps 2004, que des tortues revenaient coloniser les espaces
pourtant dévastés par le feu, mais où une strate herbacée leur procurait
une providence aisée à obtenir. Toutefois, si les incendies sont trop
fréquents, ils finissent par empêcher toute reprise des populations
chéloniennes. C'est ainsi que les tortues d'Hermann, encore présentes
dans les Albères françaises en 1986, ont disparu de cette région frontalière
à la suite d'un incendie monstre intervenu cette année là.
Mais l'une des causes les plus insidieuses de la disparition
des tortues tient à son statut d'animal de jardin, qui en fait pour
beaucoup une sorte d'animal "de compagnie", au mépris de l'évidence
; la tortue, comme tous les reptiles, est et reste un animal sauvage.
Elle a le tort, c'est vrai, d'être paisible et sympathique, et de ne
pas être dangereuse. Lors des anciennes guerres coloniales, de nombreuses
tortues ont été exportées du Moyen-Orient et du Maghreb, et l'animal
est devenu un hôte de la plupart des jardins de nos pays tempérés. Aujourd'hui,
cette pulsion de l'animal de jardin ou de terrarium provoque une augmentation
du commerce et des trafics, qui pèse tout autant sur les tortues françaises
que sur d'autres espèces exotiques. Si l'on veut que l'avenir des tortues
s'améliore, il faut faire évoluer les mentalités, et faire comprendre
à nos concitoyens, et particulièrement aux enfants, que ce sont des
animaux qui ne supportent pas la captivité, et qu'il faut les
protéger in natura, dans nos garrigues et sous les chênes liège du Massif
des Maures.
Pour étudier et conserver cette tortue,
une association a été créée en 1986 par plusieurs naturalistes spécialistes
de cette espèce. Cette association, la SOPTOM (Station d'Observation
et de Protection des Tortues et de leurs Milieux) a ouvert en 1988 le premier "Village
des Tortues" à Gonfaron, au pied du Massif des Maures. Son concept est
simple; accueillir le public qui peut ainsi participer à des actions
de conservation, et qui peut financer de ce fait ces actions. C'est
donc grâce à l'aide et les finances du public (et des adhérents et parrains
des tortues) que l'association peut Suvrer à la sauvegarde de nos chères amies
à carapace. Les actions essentielles sont les suivantes :
· Informer et sensibiliser, à la fois le grand public
et les touristes de nos régions, à la fois les enfants et les étudiants
de notre région (visites guidées, publications, conférences, congrès,
médiatisation).
· Ensuite, préserver les milieux et défendre l'intégrité
de notre environnement varois (acheter des terrains, se battre contre
certains projets funestes, travailler avec d'autres associations pour
une meilleure gestion des lieux naturels, se joindre à l'Etat pour des
mises en réserve de zones, comme dans la Plaine des Maures).
· Ensuite étudier et financer la recherche, pour mieux
aider à comprendre les tortues, et faciliter leur sauvegarde. Notre
association a financé depuis 16 ans de nombreuses thèses, DEA, mémoires,
et a suscité ou réalisé de nombreuses recherches fondamentales ou appliquées
en embryologie, génétique, pathologie, biologie, écologie, conservation.
Depuis 5 ans, une équipe scientifique mène au sein du CRCC (Centre de
Recherche et de Conservation des Chéloniens de la SOPTOM) différentes
études avancées sur l'écologie de la tortue d'Hermann, comme le recensement
de ces animaux dans tout le Var (sur 5 ans, avec le WWF-France), et
le suivi après incendies de zones sensibles (comme à Vidauban).
Mais ces action ne suffisent pas à redonner vigueur aux populations
de tortues, et notre association défend depuis 18 ans un principe évident;
mener des élevages pour remettre dans la nature des tortues sub-adultes,
susceptibles de s'adapter et de redonner vigueur aux populations sauvages.
Des renforcements ou des réintroductions sont menés, aussi bien dans
certains lieux du Massif des Maures ou sur les marges de la répartition,
que dans des sites isolés comme l'Ile du Levant, qui constituent autant
de "conservatoires expérimentaux".
Des programmes ambitieux sont envisagés à partir de 2005 dans
l'Estérel, avec l'appui de l'ONF et des structures locales, afin de
redonner à ce massif sa richesse chélonienne passée. Les tortues sont
élevées à Gonfaron, dans un centre spécialisé tenu à l'écart du public,
et contrôlé par la DSV, et les sub-adultes de 6-8 ans pourront être
relâchés dans des sites appropriés, lorsque les autorisations ministérielles
seront accordées. En effet, la tortue d'Hermann est en Annexe II de
la CITES, et ne saurait être manipulée, élevée, relâchée, sans des autorisations
complexes, liées à la fois aux acteurs de ces élevages (Certificat de
Capacité) aux lieux d'élevages (Autorisation d'Ouverture) qu'aux actions
envisagées (DIREN et CNPN). Notre inquiétude est celle-ci : l'espèce
disparaît plus vite, et ses territoires se réduisent plus vite que nous
ne parvenons à intervenir! Il nous paraît nécessaire d'appliquer un
"principe d'urgence" si l'on ne veut que l'espèce survive à nos activités
fébriles et expansionnistes. Cette tortue vit sur notre sol provençal
depuis sans doute un million d'années (et ses ancêtres depuis 230 millions
d'années) et si l'on veut que nos enfants la voient encore sous les
frondaisons du Massif des Maures, il faut agir vite, et financer des
actions immédiates, concrètes, appuyées sur des principes scientifiques.
Vous aimez les tortues ?
En ce cas vous pourrez sans doute nous aider, en venant visiter
le Village des Tortues de Gonfaron, en devenant éco-volontaire, ou bien
en adhérant à notre association, ou bien en parrainant une tortue. Mais
vous pourrez très utilement améliorer les choses en intervenant auprès
de votre commune pour que les lieux à tortues soient recensés et protégés,
et qu'ils soient bien débroussaillés et entretenus; cela évitera les
incendies. Vous pourrez aussi, autour de vous répéter que la tortue
ne doit pas être mise au jardin ; elle doit être sauvegardée dans
son milieu, ici, en Provence, dans la garrigue et le maquis du centre-Var,
et non dans les jardins.
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Vous
pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir




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