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Bien
avant la création de l'A.P.G., il existait déjà pour les îles d'Or des
institutions nationales, le Parc de Port Cros et le Conservatoire de Botanique
de Porquerolles, qui étaient dotées des moyens nécessaires pour étudier,
faire connaître, protéger et mettre en valeur les richesses naturelles
de ces îles. Et elles le faisaient et le font bien.
Par contre on pouvait constater que dans
la même commune, en ce qui concernait la Presqu'île de Giens, non protégée
par une situation insulaire analogue, les données des scientifiques étaient
dispersées et n'étaient pas communiquées au grand public. Les institutions
précitées ne semblaient guère s'en préoccuper, sans doute parceque ces
données étaient en dehors de leur domaine géographique d'intervention.
Et pourtant beaucoup d'erreurs, à notre sens, étaient commises par les
décideurs, dont une des principales a été la construction en 1969 d'une
route communale asphaltée sur un tombolo sableux fragile de 40 m de largeur.
Puis la défense à tout prix de cette route par des digues de blocs rocheux
et de rondins, ceci entraînant la quasi-disparition de la plage sur le
kilomètre nord de ce qu'il est convenu d'appeler maintenant la "Route
du Sel".
A cette époque, des associations sous l'égide
de l'UDVN s'étaient occupé surtout du côté juridique de l'affaire et avaient
réussi notamment à faire arrêter des projets démentiels de marina et port
aux Estagnets.
On ressentait donc la nécessité de
faire connaître, non seulement au grand public mais aussi aux décideurs,
générateurs des travaux, ces richesses naturelles précieuses mais menacées
de disparition irreversible. Dans un premier temps nous avons fait des
rapports, des dossiers en ce sens, les avons fourni à diverses associations
et avons alerté les décideurs. Souvent cette défense de la presqu'île
s'est faite en présentant des arguments repris dans les dossiers scientifiques
existants, en laissant l'aspect juridique à des associations plus compétentes.
C'est
ainsi que nous avons pu, entre autres, contribuer à l'arrêt du projet
"Travaux de protection du tombolo ouest sur la Presqu'île de Giens, Première
phase", lors de l'enquête publique de juillet 1993, puis du parking de
l'aéroport (dans un bois littoral de 37 ha), du dépôt de matière inerte
(décharge triée) de la Lieurette en 1997 (qui revenait en fait à combler
une zone humide), enfin du dépôt des boues de l'usine de traitement des
eaux dans la zone humide des Esparres, en mai 1998.
Après de fortes résistances initiales,
ces suggestions finissent par être prises en compte par les décideurs
qui arrivent à en oublier la phase antérieure. A tel point que votre président
finit même par se demander si l'association a encore une raison d'être
!! Eh oui, ne faudrait-il pas dissoudre l'A.P.G. se demande-t-il? Bien
sûr les lauriers ne sont pas pour l'association, mais le résultat est
là, et c'est ce qui compte. Même si il y a quelque peu récupération...
Ce
que doit faire l'association, c'est alors d'aller de l'avant en passant
à d'autres problèmes à traiter, en essayant de prévoir ce qui va se passer.
Une association, dans ces rapports pot de terre / pot de fer, n'a ni pouvoir
ni moyens. Elle peut seulement faire des propositions, des suggestions,
des essais à son échelle.
Tout
ceci étant dit, actuellement il nous semble que ce n'est plus sur les
Salines de la Cie des Salins du Midi que règnent les principaux dangers
de développement anarchique et spéculatif. Les promoteurs ne peuvent plus
y faire ce qu'ils veulent et le Conservatoire du Littoral en prévoit l'achat,
même si la démarche peut paraître longue. C'est au contraire sur une zone
dont on parle beaucoup moins, la zone humide qui sépare les deux étangs
transformés en salines (Pesquiers et Vieux Salins). Zone humide comportant
les restes de l'étang des Esparres, l'aéroport militaire, son extension
civile, les secteurs de la Lieurette, de Macany, du Ceinturon, des abords
de l'Ayguade, les cours d'eau à ripisylves du Roubaud et du Gapeau.
Ces
zones humides étant en partie alimentées par les cours d'eau et les collines
de Hyères, elles sont donc bien moins salées que celles des salines alimentées
en eau de mer par des pompes. Les biotopes y sont très divers, d'où des
flores et des faunes très variées et très intéressantes. Il n'y a pas
que la "grande sauterelle de Ponel" Rhacocleis
poneli qui ait fait parler d'elle, mais un très grand nombre d'insectes,
d'oiseaux (différents de ceux des Pesquiers), des batraciens, des tortues,
lézards et serpents. Ces zones sont en partie connues par d'excellent
rapports :
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(1988) Inventaire du Patrimoine Naturel des ZNIEFF terrestres (définition
des zones ZNIEFF de la Presqu'île) ;
--
(1993) Inventaire des principales
richesses biologiques de la commune d'Hyères (rapport de P. Orsini, F.
Medail, P. Ponel et L. Olivier préparé à la demande de la Municipalité
de Hyères et préfacé par le Maire, L. Ritondale).
Ces
zones humides sont occupées par la nappe phréatique du Gapeau en équilibre
avec l'eau infiltrée de la mer, selon un biseau salé qui pénètre à l'intérieur
lorsque les pompages d'eau douce dans la nappe sont trop intenses. Ces
zones sont soumises à d'importantes modifications dues à l'homme. Mais
grâce aux agriculteurs et aux militaires, de vastes zones sont restées
encore relativement intactes. C'est grâce aux militaires (île du Levant,
Escampobariou, abords de l'aéroport) et grâce à la Cie des Salins du Midi
(Vieux Salins, Pesquiers) que la nature y est encore belle et diversifiée.
Le
grand danger à prévoir serait l'extension immodérée de l'aéroport civil.
La Municipalité possède des terrains qu'elle met à la disposition de la
Chambre de Commerce et de l'Industrie du Var, en plein sur une zone humide,
ZNIEFF de surcroît. La C.C.I. a pour leitmotiv un projet d'aéroport
international de Toulon, dont il est sans cesse question dans la presse.
Sans, dans ses articles et interviews, le moindre mot au sujet des incidences
sur les équilibres biologiques fragiles de ces précieuses zones humides,
ZNIEFF de surcroît.
En
dehors même des problèmes écologiques, on est en droit de soupeser les
avantages et les inconvénients pour les Hyérois d'un aéroport international
à Hyères. Bien sûr, on fait miroiter l'intérêt économique et jouer le
chantage à l'emploi.
Mais
est-ce vraiment l'intérêt de Hyères, ville de 50 000 habitants l'hiver,
que d'augmenter sans cesse de taille? L'accès à un aéroport international
implique tout un réseau routier qui défigurera ce magnifique site littoral.
Les mouvements des avions gros porteurs deviendront insupportables. Ce
type d'aéroport est habituellement loin des villes, ici il se situera
entre la ville et son port ! Dans cette hypothèse, Hyères, ville moyenne,
deviendrait la banlieue de Toulon et serait désertée par une partie des
touristes qui en apprécient jusqu'ici le charme et la tranquillité.
Et
sur le plan écologique ce sera la fin de la zone humide car il faudra
allonger la piste 50/230 au-delà d'un Roubaud déjà bien trop canalisé
et bétonné, dont les Cistudes finiront par disparaître. Et surtout on
peut prévoir la spéculation sur les terrains entourant la base actuelle
pour toutes les installations qui accompagnent obligatoirement un aéroport
international: ateliers, garages, locations de voitures, hangars, entrepôts,
hôtels, restaurants, sociétés. Et comment respecter la loi Littoral dans
un tel contexte ?
Mais
ainsi "remerciée" pour les problèmes récupérés par les décideurs, l'association
doit se tourner vers les problèmes qu'elle sent venir, à tort ou à raison,
ou qui, s'ils sont déjà là, ne sont pas encore suffisamment ressentis
par ceux qui ont le pouvoir de décider et même par le grand public. Mais
ainsi le fait de signaler les choses qui ne vont pas ou qui restent à
améliorer, au lieu de louanger celles qui vont bien ou ont été récupérées,
n'est pas toujours du goût des décideurs. Ceux-ci, au lieu de voir le
côté utile et positif de notre action, y voient trop souvent un caractère
négatif, gênant pour leur activité, voire pour leur maitien aux commandes.
Or répétons le une fois encore, notre souci est d'être utiles au maintien
d'un cadre naturel dans la Presqu'île et non pas d'être des opposants
systématiques pour le plaisir. Notre action se veut en faveur de la défense
à long terme des richesses naturelles de la Presqu'île et n'est pas dirigée
contre ceux qui ont en toute légalité la charge de l'administrer, elle
voudrait simplement les aider.
Giens, le 6 août 1998 - Jean Sougy - Président
de l'A.P.G.
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